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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 09:18

Lettre de Marie-Antoinette, Reine de France et de Navarre

à

S.A.R. Madame Elisabeth de France

Ce 16 octobre, à quatre heures et demie du matin.

C’est à vous, ma soeur, que j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée, non pas à une

mort honteuse, elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère.

Comme lui innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis

calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien. J’ai un profond regret d’abandonner mes

pauvres enfants. Vous savez que je n’existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre soeur, vous qui

avez par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse !

J’ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas ! La pauvre

enfant ! Je n’ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais pas même si celle-ci vous

parviendra.

Recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J’espère qu’un jour lorsqu’ils seront plus grands, ils

pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. Qu’ils pensent tous deux à ce que

je n’ai cessé de leur inspirer, que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première

base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur.

Que ma fille sente qu’à l’âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que

l’expérience qu’elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer.

Que mon fils, à son tour, rende à, sa soeur tous les soins, les services que l’amitié peut inspirer.

Qu'ils sentent enfin tous deux que dans quelque position qu’ils puissent se trouver, ils ne seront

vraiment heureux que par leur union.

Qu’ils prennent exemple de nous ! combien dans nos malheurs notre amitié nous a donné de

consolation ! et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami, et où en

trouver de plus tendres et de plus chers que dans sa propre famille.

Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expressément : qu’il ne

cherche jamais à venger notre mort.

J’ai à vous parler d’une chose bien pénible à mon coeur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir

fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère soeur. Pensez à l’âge qu'il a, et combien il est facile de faire

dire à un enfant ce qu’on veut, et même ce qu’il ne comprend pas.

Un jour viendra, j’espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse

pour tous deux.

Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J’aurais voulu les écrire dès le

commencement du procès, mais outre que l’on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide

que je n’en aurais réellement pas eu le temps.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle

où j’ai été élevée et que j’ai toujours professée ; n’ayant aucune consolation spirituelle à attendre ne

sachant pas s’il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait

trop s’ils y entraient une fois.

Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j’ai pu commettre depuis que

j’existe. J’espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je

fais depuis longtemps pour qu’il veuille bien recevoir mon âme, dan sa miséricorde et sa bonté.

Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous ma soeur en particulier, de toutes les

peines que sans le vouloir j’aurais pu vous causer ; je pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils

m’ont fait.

Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J’avais des amis, l’idée d’en être séparée

pour jamais, et leurs peines, sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant. Qu’ils sachent,

du moins que jusqu’à mon dernier moment j’ai pensé à eux.

Adieu ! ma bonne et tendre soeur ! Puisse cette lettre vous arriver!

Pensez toujours à moi. Je vous embrasse de tout mon coeur, ainsi que mes pauvres et chers enfants.

Mon Dieu ! qu’il est déchirant de les quitter pour toujours !

Adieu ! adieu ! Je ne vais plus m’occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre

dans mes actions, on m’amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un

mot, et que je le traiterai comme un étranger.

 

 

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Published by Jacques Rouillon
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