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Samedi 17 juin :sortie de l'ARLV

 

 

COMBAT DES MATHES
MORT DE LOUIS DE LA ROCHEJAQUELEIN (4 Juin 1815)

 

La Rochejaquelein et son frère Auguste, surnommé le Balafré, avec les maraîchins commandés par Robert des Chataigners, qui la veille avait atteint Saint-Jean-de-Monts, attendirent la colonne ennemie.

Les soldats du général Estève sont trois fois repoussés et contraints de reculer jusque dans l'ancienne île de Riez, qui n'est plus qu'une plaine sablonneuse de peu d'étendue ; ils se trouvent pourtant dans une meilleure situation pour combattre : derrière eux ils ont la ferme des Mathes qui va donner son nom à cette célèbre journée, et devant eux, entre la route et la plaine, les deux La Rochejaquelein. Mais Estève feint de battre en retraite afin d'attirer l'ennemi en terrain découvert. Les paysans, électrisés, abandonnent leurs abris et se jettent en avant dans la direction de la ferme des Mathes, mais ils s'arrêtent bientôt à la vue de l'infanterie, qui ayant fait volte-face, les attendait rangés en bon ordre. Une charge à la baïonnette les balaie. Le combat est acharné, mais un officier vendéen est tué et ses hommes se replient en désordre dans le Marais. Ce mouvement entraîne les autres paysans ; c'est le commencement de la déroute.

Louis de La Rochejaquelein, pour les rallier, accomplit des prodiges de valeur. Sa taille athlétique, sa capote bleue et son chapeau à panaches de plumes blanches le font reconnaître de loin exaspéré de voir que son chef d'état-major Canuel n'a pu ramener les fuyards, fou de douleur, pour se mieux placer en face de l'ennemi, il monte sur un tertre ou bouchée de sable, d'où, comme du haut d'un piédestal, il semble attendre la mort.

L'ennemi le reconnaît : du milieu de ses rangs on entend crier : « Tirez à la capote bleue ! » et le brave de La Rochejaquelein tombe percé de vingt balles, entre les bras d'un paysan nommé Crochet (1), qui reçoit son dernier soupir.

Pendant ce temps, Auguste de La Rochejaquelein est lui-même dangereusement blessé et jeté à bas de son cheval ; des hommes l'emportent loin du champ de bataille, pendant que le gros des maraîchins, outrés de colère, repoussent le général Estève, lui tuent quatre cents hommes et le poursuivent jusqu'au pont, de la Bardonnerie.

Ce double malheur anéantit les dernières espérances des royalistes. On ensevelit à la hâte Louis de La Rochejaquelein à l'endroit même où il était tombé. Le lendemain, Melle de La Rochejaquelein, sa s?ur, allait venir à son aide avec quatre mille hommes qu'elle avait, avec une énergie virile, rassemblés à grand'peine. En véritable héroïne, elle allait se mettre à la tête de ses troupes, lorsqu'elle apprit la fatale nouvelle.

Par ses soins, une pierre surmontée d'une croix fut élevée à la place où avait été déposé provisoirement, le corps du général vendéen. Melle de La Rochejaqnelein y fit graver cette inscription que l'on y voit encore :

 

Sous ce tertre fut ici

Couvert de terre

Louis de la Rochejaquelein.

 

Derrière, à quelques pas plus loin, une pierre surmontée d'une fleur de lys marque l'endroit où il fut, loin de Suzannet, de Sapinaud et d'Autichamps, blessé à mort et soutenu par le vieux Crochet, dont il convient ici de dire quelques mots.

Crochet, après la défaite, regagna son foyer : ce fut un des derniers témoins, au Marais, de ces temps troublés. Sa femme, du même âge que lui, était morte onze jours plus tôt ; ils avaient cinquante-neuf ans de mariage. Tous deux, sentant leur fin prochaine, reçurent en même temps les derniers sacrements ; mais la femme, moins robuste, devait partir la première. Ce fut pour le mourant un coup terrible, qui cependant n'abattit pas son courage. Avec une incroyable liberté d'esprit, il dicta ses dernières volontés à ceux qui l'entouraient. Il fit apporter son cercueil et ordonna qu'on mit avec lui son fusil, sa poire à poudre et ses halles. Puis il attendit la Mort, et sa vie s'exhala dans ce dernier cri :

 

Y va-t-au bon Dieu !

Vive le Roi !

 

Avec le vieux chouan s'éteignit la vieille Vendée, fidèle jusqu'à la mort (2).

Sur la colonne quadrangulaire qui surmonte la tombe du vieux vendéen et que nous avons visitée au mois d'août 1896, on lit ;

 

François Crochet, 9 décembre 1880, âgé de 85 ans.

 

Au combat des Mathes, le 4 juin 1815, il releva son général Louis de La Rochejaquelein, frappé mortellement (3).

 

Ses amis de la Vendée ont élevé ce monument à sa mémoire et à celle de ses compagnons d'armes.

« La mort de La Rochejaquelein acheva de désorganiser l'insurrection. Les gars du Marais et les paysans des environs de Bressuire, qui venaient de combattre sous les ordres immédiats du marquis, brûlaient de le venger, mais les Vendéens ne demandaient pour la plupart qu'à rentrer chez eux. Cette guerre les laissait indifférents (4), car ils ne confondaient pas avec la sanglante dictature de la Convention le gouvernement impérial, qui avait rétabli le culte catholique et qui, pendant douze ans, leur avait donné la paix intérieure. Ils s'étaient levés, entraînés par les paroles, les menaces, les promesses des nobles, les uns pour obéir à une sorte de point d'honneur, les autres dans la crainte d'être chassés des fermes, ou dans l'espoir d'une haute solde et du pillage. Or ils n'avaient reçu ni solde ni vivres ; les armes mêmes et les munitions promises manquaient ; on les fatiguait par des marches et des contre-marches inexplicables ; dans presque toutes les rencontres ils avaient été battus. Ils étaient découragés.

Les chefs ne l'étaient guère moins, bien qu'ils s'efforçassent de cacher leurs sentiments (5). »

 

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